Partir faire un stage de trois mois en Afrique ça donne rien, vous n’allez rien changer!

La réponse d’un collègue d’université de Marie-Hélène…

«Si tu cherches des mythes, en voilà un: croire qu’on peut « changer les choses ». Au niveau de l’individu comme des sociétés, les choses ne changent pas seulement parce qu’on le veut. Au contraire, il faut beaucoup d’application à comprendre comment les choses sont en train de changer pour appliquer un effort dans cette direction (c’est ce que l’on appelle… de l’organisation!). D’ailleurs, aller ailleurs pour « changer quelque chose » change effectivement quelque chose, mais rien ne dit que ça ait lieu comme la personne le désir. Les exemples pleuvent, dans le domaine, de grands hommes qui ont fait plus de mal que de bien, malgré toute leur bonne volonté.

Autrement dit, ce mythe est bâti sur une perception erronée de la liberté. Les choses sont comme elles sont pour un ensemble de facteurs, qui sont autant de résistances à ce que la situation change. On ne peut pas changer les choses tant que « les choses » ne sont pas prêtes à changer. « Changer les choses », c’est vouloir faire violence à une situation qui ne peut faire autrement que d’être dépendante de son contexte.

Et tu demandes: en quelques mois? On a beau faire valoir la théorie des « petits pas » (un autre mythe), ces « petits pas » ne valent pas grand chose s’ils ne sont pas harmonisés à la situation globale.»

La réponse d’une amie de Félix…

«Ce n’est pas du tout vrai… Ça change les stagiaires en tant que personne. En étant confronté à d’autres valeurs, d’autres réalités, le stagiaire en ressort grandit et revient à la maison avec une toute autre perspective de la vie et pourra en faire bénéficier les gens qui l’entourent.

Un stage de coopération internationale, ça permet d’outiller des gens qui n’ont pas nécessairement eu la même chance que toi dans la vie. C’est une manière concrète d’échanger des connaissances et de mettre en application ta formation. L’impact, aussi minime soit-il, sera aussi bénéfique pour toi que pour eux.

Pour rendre le monde plus beau, il faut que chacun fasse sa part, autant localement qu’internationalement. Certaines personnes sont plus interpellées par la pauvreté locale, alors que d’autres sont plus sensibles à ce qui se passe ailleurs dans le monde. Il faut des gens motivés pour lutter contre la pauvreté et l’injustice autant ici, au Canada, qu’en Afrique.»

2 commentaires pour Partir faire un stage de trois mois en Afrique ça donne rien, vous n’allez rien changer!

  1. Mathieu dit :

    Je me souviens encore de mon premier voyage. On part avec des idéaux. Puis les voyages s’accumulent. On prend pied, puis racine. Je suis en Afrique depuis plus de 4 ans…

    J’ai apprécié la réponse de l’amie de Félix, car c’est la seule réponse qui est valable pour moi. Pour moi, tous les mythes ne sont pas des mythes, mais des réalités qu’on cherche à masquer « parce que c’est joli la coopération c’est tout plein de gens sympas qui ont à coeur les autres ». Ce qu’il faut savoir, c’est que le gouvernement canadien utilise les jeunes comme porte-drapeau à moindre coût qu’un consultant ou du personnel ACDIen. Notre coopération est du lobbying pur et dur, sans offence à ceux qui en sont les maîtres d’oeuvre de cette stratégie efficace.

    Nous avons une approche hypocrite, où les stagiaires/volontaires sont des marionnettes que l’on utilise; ils sont souvent inconscients de leur statut et ils ont tous l’interculturalisme comme étant un mode de vie. J’ai adoré mais voyage. J’ai vécu des difficultés. J’ai cotôyé plus des centaines de volontaires/stagiaires/expatriés depuis ces années.

    Certains programmes canadiens de coopération ont eu, dans les dernières années, un taux de retours au pays avant terme désastreux (près de 25% pour l’un des programmes qui envoie le plus de volontaires au pays). Auparavant, on octroyait des mandats de 2 ans à des professionnels qui coutaient des sommes faramineuse. Aujourd’hui, les mandats sont de courtes durée. Aujourd’hui, on utilise des jeunes diplômés qu’on envoie sur le terrain. Sans expérience, ils réaliseront bien souvent que la coopération, ce n’était pas pour eux.

    Il n’y a pas de suivi, seulement des briques éparpillées un peu partout. Tous les partenaires que j’ai rencontrés ont mentionné que les appuis sont souvent fortuits et tombent dans l’oubli un fois le stagiaire/volontaire retourné chez lui.

    Et il y a les autres. Ceux qui s’enracinent. Qui reviennent. Je ne parle pas des volages qui visitent des dizaines de pays sans connaître les cultures. Ou qui croit connaître après avoir vécu deux ou trois mois dans un pays.

    Il y a ceux qui ne reviennent plus comme avant, qui ne seront plus jamais les mêmes. On revient toujours à nos origines. Elles ne nous lâchent jamais. Mais nous modifions notre condition, nos valeurs et nos priorités. La transformation s’opère doucement jusqu’à s’imbriquer totalement dans le coeur et l’esprit, jusqu’à former une personne avec un autre regard, avec des fenêtres supplémentaires pour voir et comprendre le monde.

    Il ne faut pas avoir peur des mythes quand il s’agit de vérité. La plus grande peur, c’est de ne pas dire les vraies choses. La coopération est une grosse agence de voyage, de communication et de lobbying pour le Canada qui fabrique et préserve une image de marque construite depuis les années 60.

    Je déteste aussi l’idée de mettre 6 personnes dans le même panier et de les envoyer en groupe. J’ai trop vu des groupes inégaux, ou les tensions faisaient en sorte de briser la synergie du voyage. Ca pue le voyage organisé, et le fait que chacun soit obligé de vivre avec les membres du groupe brime la capacité de créer des liens avec les autres. Les marginaux sont également tenus à l’écart. Je trouve cette façon de faire malsaine. L’idée de l’accompagnateur est ridicule pour des adultes de cet âge également. Son rôle est surtout de mettre en contact les stagiaires avec leur famille. Après 1 semaine, il ne sert plus à rien, car son statut d’accompagnateur le confine à tenter de jouer au psy au cas où…

    Je vous souhaite bonne chance dans votre projet. Profitez de la vie là-bas et vivez! Vos mandats? Rencontrez des gens, rire avec eux, échangez, mangez leur nourriture avec les mains, écoutez les sons la musique et les bruits, montez à dos d’âne, montrer des photos de vos familles et de la neige, de ce que vous aimez. Bref, définissez-vous. C’est à travers l’image de l’autre qu’on peut trouver une image de soi-même.

    • Anne dit :

      Salut Mathieu!
      Merci pour ta contribution au blog et particulièrement à cette section!
      Dis-moi, on se demande tous ce que tu fais maintenant en Afrique et dans quel pays tu vis?
      As-tu déjà fait un stage QSF toi qui en as une opinion très critique?

      Anne

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