Choc culturel

Il ne suffit pas d’avoir parcouru le monde d’Est en Ouest et du Nord au Sud pour s’immuniser contre le choc culturel. Ce n’est ni l’habitude au dépaysement, ni la force ou l’impression d’invulnérabilité qui peut dispenser quiconque de partager des sentiments conséquents à un bouleversement de valeurs. À la rencontre de deux cultures discordantes, rien n’est plus logique que les émotions d’incompréhension, de perturbation, de confusion ou même de frustration qui en découlent. Qu’importe la façon dont il se manifeste, que ce soit par nos réflexions, nos comportements ou nos réactions, la chose la plus importante est probablement de demeurer authentique et sincère envers nous-mêmes, pour ne pas se perdre dans un monde qui n’est pas le nôtre. Vivre un choc culturel, c’est comme de permettre à son corps de lutter contre ce déséquilibre pour former l’immunité nécessaire à l’adaptation.

 

Il est fort probable qu’un voyageur qui ne demeure que quelques jours ou quelques semaines dans un pays où la culture diffère de la sienne ne ressente pas les effets du choc culturel ou du moins, ne fait que reconnaître un certain agacement. Il nécessite un séjour d’une longueur plus prolongée pour traverser ce qu’on surnomme les quatre temps du choc culturel. L’arrivée dans le pays d’accueil est habituellement le commencement de la « lune de miel », caractérisée par un enthousiasme et une fascination particulière envers la nouveauté et l’excitation qu’elle procure. Cependant, cette étape paradisiaque est rapidement confrontée à celle du « choc culturel », la désillusion. Il faut s’armer d’une myriade de courage, d’ouverture d’esprit, de patience et tout particulièrement de tolérance pour affronter nos jugements envers cette culture qui ne nous appartient pas. Bien des voyageurs écourteront leur séjour sans passer à la prochaine étape, celle de « l’adaptation ». Et pour une majorité des séjours, le temps prévu dans le pays d’accueil ne permet pas de s’acclimater suffisamment aux couleurs du pays pour s’immiscer dans la phase de la « maturité » ; l’acceptation et la maîtrise de la différence.

 

Pour notre part, dès notre arrivée au Bénin, nous avons inconsciemment débuté notre navigation dans ces quatre dimensions. Il ne nous a pas pris long feu avant d’heurter pour les premières fois nos valeurs. Que ce soit par rapport à la hiérarchie sociale, aux différents statuts entre les genres (hommes, femmes), à la pauvreté et ses répercussions, au travail des enfants (parfois extrêmement jeunes), ou aux pratiques typiquement culturelles telles que la scarification, la polygamie ou l’excision, il nous a fallu nous éloigner de nos réflexions occidentales pour s’ouvrir sans jugement aux Béninois et à leur mode de vie. Parfois, ces irritants en sont venus à nous affecter à un point tel que même les éléments les plus anodins du quotidiens pouvaient nous affecter : la cuisine, la langue, les transports rocambolesques, les odeurs, la pollution, l’obligation de saluer jusqu’au douzième voisin à chaque fois qu’on pointe le nez dehors, les multiples demandes en mariage, les fameux chauffeurs de « zem », les gens qui urinent partout, notre étiquette universelle de « Yovo » (le blanc), les toilettes sans toilette ni papier, et surtout, surtout… les coquerelles, aussi répugnantes et inutiles soient-elles. Nous avons tous vécu notre chamboulement personnel à notre façon, mais chose certaine, il nous fallait vivre ces moments tantôt coquasses tantôt décourageants pour s’absorber complètement dans la culture et vivre à fond l’expérience béninoise.

 

Ce n’est pas l’insensibilité qui permet à une personne de se prétendre invulnérable au choc culturel, mais bien le déni ou l’orgueil de s’avouer atteint. Je crois que si on ne vit pas son choc culturel à sa façon, quelque soit son degré d’intensité, c’est qu’on contourne aveuglément ce qui nous bouleverse. Et après plus de deux mois de choc culturel, j’oserais dire qu’il faut vivre ce bouleversement pour grandir, ouvrir notre cœur et  permettre aux légendes du pays d’y souffler.

Marie-Hélène 

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2 commentaires pour Choc culturel

  1. Sophie Côté dit :

    Bravo Marie! Quel beau message! Je suis touchée par cette sincérité et cette justesse. Bonne continuation, fais attention à toi. xxx

  2. Ping : Brisons les mythes, la suite | Cotonou 2011

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